galerie_congo

Vie des galeries > Actualité > Kiebe Kiebe

Mardi 29 janvier 2013

La Danse Kiebe Kiebe


Les protagonistes du Kiebe-Kiebe

Yombi- yòmbì, le grand initié, patron du kìndà, « le bosquet sacré », espace sacralisé, en forêt ou en savane, où se réunissent les membres associés, tous initiés, du Kiebe-Kiebe (qui est fondamentalement une affaire d’hommes). Le yòmbì détient seul le pouvoir initiatique de manipuler mystiquement le canidé qui est le gardien des lieux sacrés : bvándé l’òkùù. C’est en fait une planchette attachée à une ficelle (òkùsù) au bout de laquelle est placé un cauri magiquement « travaillé » (ɔbϵlϵ). En faisant tourner vivement cette planchette en l’air, la nuit tombée, il se produit une forte vibration, vùù-vùù, qui apeure les gens du village et favorise ainsi l’invisibilité des àtsùϵlϵ (« milices ») dans le village pour un « pillage sacré » au profit de l’association initiatique Kiebe-Kiebe ;

- òkàmbà: le sculpteur des figurines ou têtes-massues (àfìà) du Kiebe-Kiebe ; ìpàà l’áfìà, « sculpter les figurines », est un très haut degré initiatique dans le Kiebe-Kiebe. Seul un tronc lisse et droit de l’arbre òkùà sert à la fabrication des figurines du Kiebe-Kiebe ;

- àtsùà-mbòndzì (sing. : tsùà-mbòndzì) : ce sont des maîtres initiés du Kiebe-Kiebe (ngàngà kyēbèkyèbhè) qui, enveloppés dans de vastes et amples robes en tissu-raphia (pfùmbà), exécutent en public des rotations circulaires sur eux-mêmes avec art (ndzϵlϵ), lors de la danse Kiebe-Kiebe. Des tsùambòndzì expérimentés et pourvus de grandes forces initiatiques peuvent tourner en rond, enveloppés dans le pfùmbà, pendant des heures et des heures jusqu’à l’épuisement physique des joueurs de tam-tam et des chanteurs de la place publique (mbálé). Dans leur pfùmbà, les tsùà-mbònzì sont dits être métamorphosés en òkwé, « esprit puissant », pl. ìkwé. On saisit bien que le Kiebe-Kiebe n’est pas un simple divertissement populaire : c’est une danse-spectacle qui a du sacré et du mystique en elle, et de simple jeu (divertissement), le Kiebe-Kiebe devient ainsi un enjeu vital au coeur de l’existence ;

- ndùmbϵ : le régulateur, le guide, le messager entre les danseurs masqués (àtsùà-mbòndzì) et les chanteurs regroupés sur la place de danse (mbálé) du Kiebe-Kiebe. Le ndùmbϵ est un maître initié (ngàngà) du Kiebe-Kiebe qui peut passer outre certains interdits à cause de ses multiples fonctions ;

Bvae- bváé (« femme en couches ») : c’est un initié qui habille et s’occupe spécialement de la toilette(c’est-à-dire de la beauté et de l’élégance) des àfìà (àfìà á lárì, les « figurines sont habillées », c’est-à-dire prêtes à la sortie en public, avec des plumes de l’oiseau kàlà). Le bváé est aussi le balayeur du kìndà avant et après les réunions secrètes. Il est également celui qui annonce le programme du spectacle : c’est un maître de cérémonie au courant de toutes les règles, tous les rituels et toute l’histoire de l’association Kiebe-Kiebe concernée. Il est en quelque sorte la mémoire et l’archive du Kiebe-Kiebe auquel il appartient ;

- ìpòmbì, sing. òpòmbì/òpòmbò : les profanes, les non-initiés dans leur ensemble, adultes, femmes, enfants, étrangers. C’est la population qui assiste et danse (ou non) lors du spectacle Kiebe- Kiebe. Pour les ìpòmbì, le Kiebe-Kiebe n’est surtout qu’un divertissement populaire de musique et de danse, certes émouvant, parfois terrifiant, mais rien d’autre.

Déroulement du spectacle Kiebe-Kiebe en public

Le Kiebe-Kiebe est un spectacle public, mais son initiative et son déroulement sont une affaire strictement réservée aux initiés (ngàngà kièbhè-kièbhè). Tous les associés, exclusivement des hommes initiés, se rendent dans le kìndà ou ɔyùwè, « le bosquet sacré ». Là, des conseils sont prodigués parle yòmbì et l’òkàmbà. On procède à l’habillement des tsùà-mbòndzì (àfìà, pfùmbà) et à des essaisdes tsùà-mbòndzì enveloppés dans leur tissu-raphia et tenant les figurines.

Ensuite, tous les initiés quittent le kìndà, qui est cependant mystiquement protégé. Les tsùà-mbòndzì, sans dévoiler encore au public leurs figurines (àfìà), sont au repos (àfìà sá dzàlàà). Les chanteurs et joueurs de tam-tam s’exercent en public, devant toute l’assistance villageoise, si impatiente de voir la suite.

Après trois ou quatre ìlèmbì ou chants d’échauffement, on décide d’appeler les tsùà-mbòndzì (avec leur àfià), l’un après l’autre : ìbèà lá àfìà. Le poème-chant d’appel, c’est l’ètìtìà, adapté à chaque figurine (Ifyà). L’évolution des tsùà-mbòndzì est variable selon la nature de la figurine (femme, chef, initié, etc.) : c’est très spectaculaire sur la place publique de danse (mbálé). Les ìtìtìà sont de très belles mélopées, bien rythmées.

Tsua-mbondziLorsque tous les tsùà-mbòndzì, danseurs masqués (tissu-raphia) et tenant les figurines (àfìà) sont appelés en public, on exécute de nouveau quelques ìlèmbì, puis on passe à des essais de rotation en public des tsùà-mbòndzì, tour à tour, avec des àkùrà, c’est-à-dire des chants fort brefs, mais bien rendus pour exciter suffisamment les tsùà-mbòndzì, les àfìà : c’est le phénomène ìsàsà lá Kiebe-Kiebe. Si c’est concluant, les tsùà-mbòndzì, les àfìà, se reposent encore, et de nouveau on entonne quelques chants d’échauffement.

C’est alors l’apogée de la danse-spectacle Kiebe-Kiebe, avec la catégorie des chants appelés ngàsàà qui permettent maintenant aux tsùà-mbòndzì, aux àfìà, de tournoyer dans leur large et souple robe de raphia (pfùmbà) : ìbòmà lá ìfìà, « tuer la figurine », le tsùà-mbòndzì tournoie jusqu’aux limites de ses possibilités. Le tissu-raphia est òkwàsàrè, en tant que rouleau de tissu. L’òkwàsàrè devient le pfùmbà pour désigner la robe, ample, du tsùà-mbòndzì, pour la danse Kiebe-Kiebe. Quand le pfùmbà ondule merveilleusement, il prend le nom de bvásí, et quand le bvásí tourne vraiment au ras du sol, majestueusement, il s’appelle alors òbòlò. Quand, exténué, le tsùà-mbòndzì tombe, toujours enveloppé dans sa robe de raphia, on lui demande de regagner la forêt (kɔ), c’est-à-dire l’univers des esprits, des forces occultes, des mystères : le kìndà.

Les types de danse kiebe kiebeIl existe plusieurs circonstances de danse :

  • le Kiebe-Kiebe de divertissement. Il est constitué de prestations gaies devant un large public ;
  • le Kiebe-Kiebe de compétition. Ici, plusieurs villages dansent sur une place publique devant un jury de spécialistes reconnus comme tels pour évaluer la qualité des prestations. Plus que d’autres, deux éléments de choix déterminent cette qualité :
    • l’endurance du danseur et son record dans la durée d’exécution de la danse ;
    • la perfection du cercle qu’effectue la robe dans le mouvement d’oscillation et de rapprochement du niveau du sol par le danseur ;
  • le Kiebe-Kiebe de la sanction. Il se danse la nuit pour punir celui des membres qui aurait commis une infraction liée aux interdits ;
  • le Kiebe-Kiebe funéraire. Il est exécuté lors de la mort d’un des membres ou d’un notable du village. Au cours de ce rite, les danseurs sont à plat ventre autour du catafalque et bougent juste les figurines ;
  • le Kiebe-Kiebe du grand mystère. Il se danse lors d’évènements exceptionnels et rares à caractère vital pour la communauté, il est identifié par la sortie du serpent sacré « i piri ».

Description d'une figurine

Toute figurine ou tête-massue (et non masque) de la danse spectacle Kiebe-Kiebe est sculptée uniquement par l’òkàmbà, un maître initié : c’est l’Ifyà, pl. àfìà, en mbochi, et en koyo : ìhùyà/ihouya, pl.
àhùyà/ahouya (le f mbochi a été aspiré par le koyo, d’où le h). Ìpàà, c’est sculpter, avec art, avec un sens aigu de la fidélité à la réalité sculptée. L’òkàmbà est un sculpteur réaliste.

Le bois approprié pour la fabrication de l’Ifyà est celui de l’arbre òkùà, un arbre au tronc lisse et droit. C’est un bois léger, mais dur. Ainsi la figurine (Ifyà) peut être aisément tenue et agitée par le tsùà-mbòndzì, enveloppé dans le pfùmbà, vaste tissu-raphia.

Que représente l’Ifyà ? Pourquoi réduit-on souvent tout le complexe du Kiebe-Kiebe à la seule réalité de l’Ifyà ?
En fait, la figurine, la tête-massue, l’Ifyà, est indicatrice des thématiques du Kiebe-Kiebe. Ces thématiques sont exprimées par des poèmes-chants : les ìtìtìà. Ainsi, il y a des figurines (àfìà) sculptées pour incarner le pouvoir des chefs (mwϵnϵ ; kànì), la magie des initiés (àphàndì), la beauté féminine (ìlɔngɔ ; ɔngɔndɔ), l’intrigue, la sorcellerie, l’amour, la séduction, la bravoure, la témérité, le courage, le léopard (ngwϵ), la tortue (kùsù), le perroquet (kòsò), la pintade (kángà), tous thèmes qui touchent à la substance de la vie paysanne. À chaque Ifyà correspond un poème-chant d’appel qui est son ètìtìà, pl.ìtìtìà.

La morphologie de la fi gurine (Ifyà) du Kiebe-Kiebe se compose ainsi :

  • ìbòò lá Ifyà, ìbòò l’éfìà, « la tête de la figurine », c’est-à-dire le sommet bien visible de la figurine sculptée, précisément la tête-massue qui est de forme variable selon les thématiques et les styles (beauté, amour, magie, politique, pouvoir, mythes, etc.) ;
  • les plumes (tsàlà) de l’oiseau kàlà, une fois consacrées et devenues tsìbì, ornent le sommet (la tête) de l’Ifyà ;
  • ϵkìϵlì : le creux, entre le sommet (la tête) et le manche de l’Ifyà. C’est à cet endroit adéquat que l’on attache (ìkàngà) la vaste robe de tissu-raphia (pfùmbà) à la fi gurine (Ifyà) ;
  • lϵtsɔndɔ, lϵsϵndɔ : c’est le manche de la fi gurine (Ifyà) que tient le tsùà-mbòndzì, qu’il parade, qu’il soit assis ou debout, qu’il tourne en rond sur lui-même, qu’il sorte du lieu sacré (kìndà) ou qu’il y retourne. Il est affirmé que tous les pouvoirs, toutes les forces du Kiebe-Kiebe sont concentrés dans le lϵtsɔndɔ, le manche de l’Ifyà.
  • Quand on initie le tsùà-mbòndzì, il tient le lϵtsɔndɔ sans jamais jeter le regard sur le sol afin que les énergies mystérieuses pénètrent bien dans le manche qui soutient la tête (partie visible) de l’Ifyà.
    Ainsi, le manche (lϵtsɔndɔ) de l’ìfìà ne doit jamais, au grand jamais, être « nu », c’est-à-dire qu’il doit toujours être couvert de quelques fi bres ou de morceaux de tissu-raphia. Lors des compétitions de Kiebe-Kiebe intervillages, il arrive que le camp adverse fasse détacher mystérieusement le sommet du manche de l’Ifyà, qui devient dès cet instant un simple objet, sans sacralité, sans force, sans énergie : vaincre ainsi un tsùà-mbòndzì est une victoire éclatante des vrais initiés. L’Ifyà, sans être tout le Kiebe-Kiebe, est néanmoins l’expression concrète de la concentration des plus hautes énergies du Kiebe-Kiebe.

    Description figurine Kiebe kiebe

    Contact : Marie-Alfred Ngoma, tél. : +33 (0)1 40 62 72 81 - +33 (0)6 46 66 35 18
    marie-alfred.ngoma@lagaleriecongo.com

    Librairie Galerie Congo. 23, rue Vaneau - 75007 Paris – Tél : 01 40 62 72 80
    Ouverture de 9h à 17h30 du lundi au vendredi